Abstract
Le but de cet article est d'interroger les transformations culturelles qui accompagnent la commercialisation des inventions, phénomène majeur de l'essor marchand et consumériste au XVIIIe siècle. Les stratégies commerciales des inventeurs sont fondées sur une médiatisation croissante, mêlant rhétoriques visuelles (démonstrations, spectacles, expositions) et recours à l'imprimé: annonces de presse, affiches, prospectus, modes d'emploi, livrets d'utilisation. L'information et le savoir techniques jouent un rôle clef dans la construction de marchés pour les inventions. Cette dimension a rarement été prise en compte dans l'histoire de la consommation et dans l'histoire des techniques. Pourtant, la littérature d'usage, qui postule l'autonomie et la capacité participative de l'acheteur comme argument de vente, exprime la montée en puissance des savoirs d'action, opératoires, prescriptifs, où priment le verbe et le geste, l'intention et le projet. Si la technologie des Lumières se déploie dans les traités et les dictionnaires, elle se manifeste aussi dans cette littérature éphémère, pratique et commerciale, source d'appropriations.