Abstract
Au viie s., l’extension des territoires d’Argos et de Sparte dans le Péloponnèse était telle que le mont Parnon est devenu la zone de contact entre les deux cités : après l’annexion de la Thyréatide par Sparte, au vie s., l’époque classique continue à être ponctuée de conflits entre les deux cités, Argos cherchant à en reprendre le contrôle. Les auteurs anciens sont de peu de secours pour démêler l’écheveau de l’histoire politique de cette région, sise aux confins des territoires argien, arcadien et spartiate, aux ve et ive s. : ils la mentionnent rarement, celle‑ci étant demeurée hors des grands conflits. Aussi, les sources archéologiques prennent‑elles toute leur importance. Cette contribution s’efforce de prolonger les enquêtes topographiques conduites par nos aînés en recourant à l’étude des fortifications, source de choix pour appréhender l’histoire régionale. Ainsi, l’étude des ouvrages fortifiés de Thyréatide (enceintes urbaines, tours isolées) permet d’éclairer l’histoire de cette région si convoitée ainsi que certains points de l’histoire du Péloponnèse à l’époque classique. De la période archaïque à l’époque hellénistique, la Thyréatide a été à la fois un ensemble cohérent et une partie des confins (eschatiai) d’un ensemble politique plus vaste, une région frontalière, aux marges du territoire lacédémonien ou argien, qui a conduit à l’implantation d’un réseau de villes fortifiés et de tours de guet. Après avoir fait l’inventaire de ces fortifications, leur analyse architecturale comme celle de leur implantation topographique nous ont souvent permis, d’abord d’y distinguer plusieurs phases de construction, ensuite de replacer ces ouvrages dans le réseau fortifié auquel ils appartiennent. Enfin, on a pu proposer parfois qui, de Sparte ou d’Argos, était le commanditaire de ces ouvrages fortifiés et vers quels ennemis ceux‑ci étaient tournés. Nous avons ainsi pu montrer que plusieurs de ceux qui étaient attribués à Sparte sont en fait à considérer plutôt comme argiens.