Abstract
L'avènement de l'imprimerie suscite dans le monde du judaïsme aschénaze un formidable élan de la langue yiddish. Simultanèment les grands textes sacrés sont traduits de l'hébreu et une production originale innerve tous les milieux. Pourtant, très vite, le yiddish est associé à l'émergence d'une littérature « religieuse » destinée aux femmes ou même écrite par elles, au point qu'un caractère typographique, le waybertaytch (« yiddish des femmes ») lui est réservé. C'est ce phénomène que l'auteur interroge dans l'éclairage d'une recherche anthropologique sur la place des femmes dans la culture juive. Au sein de celle-ci, un rapport dialectique unit et sépare le féminin et le religieux selon un partage établi qui soumet les hommes à l'ordre de la lettre hébraïque et les femmes à l'ordre de la coutume. Traduire la Torah en yiddish, permettre que les femmes écrivent dans cette même langue, n'est-ce pas reconnaître la « part féminine » du religieux juif, celle qui leur revient comme le disent si bien les mythes et les rites qui associent la Torah et les femmes