Kernos 18:203-218 (
2005)
Copy
BIBTEX
Abstract
Cet article discute le thème de l’autochtonie – essentiellement athénienne – en l’intégrant dans la logique du discours patriotique qui est la sienne. La prise en compte des exigences de ce type de discours tout à fait particulier, de même que la prise en compte du renouvellement du regard sur les identités sexuées qu’ont permis les études « genre », permettent aujourd’hui de proposer une interprétation différente de celle de Nicole Loraux. Celle-ci comprenait, dans sa lecture du Ménexène de Platon, le mythe de l’autochtonie comme un « transfert » des compétences reproductives féminines sur un espace tenu par les hommes seuls, façon pour eux de déposséder les femmes de leur « puissance » et de penser la reproduction sans elles. Après avoir montré que les Grecs pensaient généralement la procréation comme une opération mixte et souvent équitablement partagée, surtout dans la tradition littéraire qui précède Aristote, je développe l’hypothèse selon laquelle l’usage du motif de la terre mère est une façon de construire un attachement contraignant au territoire civique. Il ne procéderait donc pas d’une lutte des sexes et d’une peur des hommes envers la puissance des femmes, mais serait l’instrument politique qui, à l’intérieur d’une société patrilinéaire où règne la « domination masculine », permet de susciter une relation particulièrement étroite avec le territoire habité.The earth mother: a reading through gender and patriotic rhetoric. This article tackles the issue of autochtony – mainly Athenian autochtony – fitting it more than has been traditionally the case into the logic of patriotic discourse from which it emerges. Taking into account the demands of this type of very particular discourse, together with the new perspectives on sexed identities made possible by gender studies, allows us today to offer an interpretation that is different from Nicole Loraux’s examining Plato, Menexenus. She understood the myth of autochtony as a “transference” of female reproductive competences to the civic land, an exclusive possession of men and a way for them to dispossess women of their power and to consider reproduction without women. After demonstrating that for the Greeks, mainly in the pre-Aristotelician tradition, males and females were usually equally concerned with the operation of procreation, I will suggest that the use of the mother earth theme is a way of constructing a constraining bond between citizens and their civic territory. This bond does not arise from the sex struggle or even from male fear of female power but, in the context of a patrilineal society dominated by males, it is the political instrument for the alienation of citizens from the land they inhabit.